Énigme au Collège de Jeunes Filles de Bergerac (1956-2026)
Il y a 70 ans, déjà, la cloche du Collège de Jeunes Filles de Bergerac, en ce 1er octobre 1956, sonna pour la rentrée des classes. Encore fallait-il avoir été reçu à l’examen d’entrée en 6e .
Les épreuves écrites avaient lieu dans les locaux de l’école Jules Ferry de la sous-préfecture. Pas de chance pour moi, cet examen sera supprimé par un arrêté du 23 novembre 1956.
Mon père, qui me conduisait en voiture, n’avait jamais dépassé les soixante kilomètre à l’heure. Ce jour-là, crucial, craignant d’arriver en retard, il atteint les 100 km/heure pour la première et dernière fois de sa vie, sur la seule portion de route rectiligne du trajet. L’ambiance était tendue.
Après avoir résolu le problème d’intervalles pour les piquets qui devaient clôturer un champ et terminé la grammaire, (je ne me souviens que de ces deux épreuves redoutables), je fus admise rue Valette. J’avais dix ans et six jours lorsque j’y rentrai comme pensionnaire, mais ceci est une autre histoire.
La porte d’entrée de l’édifice était ornée de l’inscription latine: «Scio qui credidi». Mystère… Le programme de la 6e comportait le français, la version latine, avec Mme Demathieu comme professeur, mais nous n’en étions qu’à «rosa, la rose»… (Plus mathématiques, histoire-géographie, sciences naturelles, anglais, musique, dessin, couture, gymnastique). Ma connaissance du latin se bornait alors à quelques-unes des expressions répertoriées dans les pages roses du dictionnaire Larousse que mon père se plaisait à citer. «Scio sui dredidi» n’en faisait pas partie. C’était pourtant ce qui était gravé au front de la porte d’entrée. Lorsque j’en demandai la traduction, ces dames ne furent pas enclines à me la donner.
Le fait qu’il y ait deux chapelles dans le parc (il est vrai que l’une servait de remise et l’autre d’atelier) et une «grande chapelle» (pas encore ouverte aux cours de gymnastique), auraient pu me donner des indices. La lumière commença à poindre lorsque l’on m’indiqua que cela signifiait: «Je sais en qui j’ai cru», sans autres explications. Je ne savais toujours pas qui en était l’auteur et de qui il s’agissait.
La résolution de l’énigme vint tout à fait lorsque, des années après, à l’occasion d’une visite des tombes du cimetière dit «protestant», et qui, d’ailleurs, accueille toutes les confessions, devenu «du Pont Saint Jean». La tombe du pasteur Charles Bastie (1849-1878), est surmontée d’une colonne tronquée qui repose elle-même sur un cube de pierre orné de marbre blanc. Sur sa face ouest il est gravé; «Scio qui credidi, Mathieu, épitre 12 à Timothée». Cette lettre pastorale était donc adressée à celui qui œuvrait à l’église d’Éphèse. Telle était donc la source.
J’avais appris au cours de mes recherches que le Collège de Jeunes Filles, qui sera notre domaine jusqu’au baccalauréat, était un ancien Petit Séminaire, et certainement pas fréquenté par des jeunes filles! Ah! Le temps qui passe…
Les voies de Dieu étant impénétrables, ce n’est que 70 ans plus tard que, grâce à un Américain, (Will Durant), et via Sainte-Beuve, j’ai appris que notre génie national, Blaise Pascal, après des penchants alternés entre le scepticisme et la croyance en Dieu, vers la fin de sa vie, et après avoir été témoin d’un miracle, avait dessiné lui-même, pour sa famille, un armorial portant cette inscription.
Notre bible littéraire, je veux parler du Lagarde et Michard, consacre plusieurs pages à cet illustre, mais n’a pas retenu la citation.